Numérisation du travail : enjeux juridiques en santé au travail

8ème journée de l’ORRPSA

14 mars 2019 – Faculté de droit de Poitiers

Cette journée d’études est organisée par l’Équipe de recherche en droit privé (ERDP) de l’Université de Poitiers et le Centre de droit comparé du travail et de sécurité sociale (CNRS-Université de Bordeaux).

Loic Lerouge, chercheur au CNRS et membre du projet Civilinum, a participé à l’organisation de cette journée.

Le programme est disponible ici

Le travail traverse aujourd’hui une période cruciale tant il est agité par l’évolution ultra-rapide des technologies numériques qui remet en cause sa nature même. Au travers des travaux de l’INRS intitulés « Plateformisation 2027 », il est montré combien le « monde du travail assiste à une profonde transformation de ses modèles d’organisation, de production et de commercialisation ». Cette nouvelle façon de travailler entraîne des bouleversements concernant la protection de la santé au travail en raison de la création croissante d’emplois en marge du salariat.

Ces « nouveaux travailleurs » ne bénéficient ainsi plus de la protection du statut de travailleur salarié. Des travaux émergent sur la remise en question de l’application des politiques de prévention des risques professionnels par la numérisation du travail, notamment par le phénomène de plateformisation, mais aussi par le recours de plus en plus fréquent au télétravail souhaité ou induit par des réorganisations. Cependant, il existe encore peu de travaux juridiques sur le sujet de la numérisation du travail et les problématiques soulevées dans le champ du droit.

Appel à articles “les organisations malades du numérique”

Appel à articles – revue communication & Organisation – numéro 56 – décembre 2019

Coordination : Luc Bonneville (GRICO, Université d’Ottawa); Valérie Carayol (MICA, Université Bordeaux Montaigne); Aurélie Laborde (MICA, Université Bordeaux Montaigne).

L’évolution des pratiques de communication suscitées par l’extension des réseaux numériques a fait émerger plusieurs phénomènes dans les organisations : des transformations de l’organisation du travail (surtout étudiées dans la période 1985-2000 : Eyraud et alii 1988 ; Alsène 1990 ; Benghozi et alii 1999), des transformations du management et des modes de coordination de l’action collective (étudiées surtout dans la décennie 2000-2010 : Bobillier-Chaumon 2003 ; Bonneville 2005 ; Gramaccia et alii 2004 ; Metzger 2010 ; Proulx 2005) et enfin des transformations des pratiques professionnelles, des métiers et des professions qui retiennent toute l’attention des chercheurs depuis presque une dizaine d’années (Bourret 2010 ; Comtet 2011 ; Laborde 2012 ; Venin 2013 ; Lepine et alii 2014 ; Carayol et alii 2016).

Sur tous ces points, les recherches sont restées souvent ambivalentes et nuancées dans leurs résultats. Qu’il s’agisse d’objets techniques, d’interfaces, d’applications numériques, ou de dispositifs techniques, les effets de leur usage semblent presque toujours dépendre des conditions de leur intégration dans les espaces organisationnels. Les objectifs visés, les modes de management et politiques d’accompagnement, les structures et cadres d’usage, tout comme les caractéristiques des utilisateurs ou usagers, semblent influencer dans une large mesure les effets de leur introduction dans les espaces de travail.

Les résultats des recherches, même s’ils ont été nuancés, ont mis régulièrement en avant, depuis une vingtaine d’années, le profit tiré, à la fois par les organisations et par leurs salariés, de l’usage des technologies de communication numérique.

Il existe néanmoins un ensemble de travaux, plus critiques, sur les effets délétères, problématiques, les comportements indésirables ou déviants liés à l’introduction des technologies de communication numériques, observés dans les milieux de travail, qui peuvent soulever des problèmes politiques, éthiques ou même idéologiques. Si un certain nombre de travaux en sociologie clinique (De Gaulejac 2006), en psychologie du travail (Dejours 2000) ou en sociologie (Aubert 2010 ; Jaureguiberry 2006) ont déjà pointé certains de ces problèmes, le champ des travaux relevant de ce qui est parfois conceptualisé comme le « côté obscur » des pratiques organisationnelles (et communicationnelles) reste encore peu visible dans le domaine des sciences de l’information et de la communication. Des chercheurs interrogent toutefois depuis plusieurs années, d’un point de vue critique, les risques potentiels liés aux pratiques de communication numériques dans un contexte de travail. En témoignent notamment les travaux du MICA et le futur colloque sur le « Côté Obscur de la communication organisationnelle » de mars 2019, organisé à Bordeaux.

Si toutes les organisations sont par nature soumises au changement (Carayol 2004) et si tout dispositif technologique est « pharmacologique » et contient en germe le meilleur comme le pire (Stiegler 1994), il n’en reste pas moins qu’une observation fine des organisations contemporaines montre les nombreuses dérives et pathologies liées à l’usage des outils numériques au travail : l’intensification et la densification du travail (Askenazy, 2006 ), la surcharge cognitive (Eppler 2004 ; Bonneville et Grosjean 2016), le renforcement du contrôle de l’activité, la fragmentation du travail (Bidet 2017 ; Licoppe 2012). Plusieurs recherches montrent ainsi les liens existants entre usages des dispositifs numériques au travail et risques psychosociaux, notamment pour la population des cadres (Carayol et al 2016 ; Venin 2015 ; Felio et Lerouge 2015).

C’est à l’exposé de travaux relevant de cette perspective que cette livraison de la revue Communication & Organisation voudrait participer. Sont invités à contribuer à ce numéro les chercheurs dont les travaux étudient les effets indésirables ou problématiques, et encore souvent tus, liés au développement des technologies numériques de communication dans les environnements de travail, de quelque nature qu’ils soient. On pourra notamment s’intéresser, sans que cette liste soit limitative :

  • –  aux pratiques ayant une incidence sur les droits ou libertés des individus au travail, à l’usage des technologies de vidéo surveillance, des puces RFID, aux technologies de communication développant le contrôle des activités et limitant les possibilités d’épanouissement dans le travail ;
  • –  aux effets de la retaylorisation des activités par le numérique, sur les pratiques et le sens que les individus donnent à leur travail ;
  • –  aux effets potentiellement nocifs de l’abondance d’information (information overload), aux études sur les usages intensifs des technologies de communication, susceptibles d’engendrer des abus, des addictions, des phénomène d’hyperconnexion ;
  • –  aux difficultés relationnelles liées à la part croissante des échanges numérisés au travail que ce soit entre collaborateurs ou avec les publics externes (incivilités, violence, harcèlement, incompréhension, déshumanisation des relations..)
  • –  aux phénomènes de dérives dans les usages et à l’utilisation à mauvais escient des technologies, favorisant les risques ou l’insécurité : vol de donnés, sabotage, etc. ;
  • –  au technostress et à l’anxiété d’être dépassé par le changement permanent, ressentie notamment par les populations les plus agées, face aux innovations incessantes ;
  • –  aux effets délétères de l’automatisation et du numérique, perte d’autonomie et des savoir-faire, ce que N. Carr nomme « la grande déqualification » (Carr 2017)
  • –  à toutes les pratiques, y compris celles mobilisant l’intelligence artificielle ou le machine learning,ayant des conséquences sur l’éthique des pratiques de travail et le respect dû aux personnes et parties prenantes des pratiques organisationnelles.

CALENDRIER

  • –  Envoi des propositions de 6000 caractères espace compris, selon les consignes de rédaction, bibliographie non comprise: 29 mars 2019
  • –  Retour aux auteurs de la sélection des propositions : 15 avril 2019
  • –  Remise de l’article intégral pour relecture en double aveugle par le comité de lecture: 30 juin 2019
  • –  Retour aux auteurs de l’évaluation par le comité de lecture : 20 septembre 2019
  • –  Retour des articles définitifs : 15 octobre 2019
  • –  Publication du numéro : décembre / janvier 2019

CONSIGNES DE REDACTION DES PROPOSITIONS

  • –  6 000 caractères, espaces compris.
  • –  Bibliographie non comptabilisée dans le nombre de caractères.
  • –  Sur une page de garde : titre de la proposition, prénom et nom de l’auteur, université,laboratoire, adresse électronique, cinq mots clés. Les propositions seront envoyées conjointement aux trois coordinateurs du numéro
    • –  Valérie.Carayol@u-bordeaux-montaigne.fr
    • –  Aurélie.Laborde@u-bordeaux-montaigne.fr
    • –  luc.bonneville@uottawa.ca

CONSIGNES DE REDACTION DES ARTICLES DEFINITIFS

35 000 caractères maximum, espaces compris, pour les articles définitifs.
Les normes de mise en page des articles définitifs sont accessibles en ligne sur le site de la Revue : https://journals.openedition.org/communicationorganisation/5909

La mise en forme finale selon les normes fournies conditionnera l’acceptation définitive de l’article.


Tables rondes sur la prévention des incivilités numériques

Les 5 et 6 juillets derniers, une partie des membres de l’équipe Civilinum se sont retrouvés dans les locaux bordelais du réseau Les Entreprises Pour la Cité pour l’animation de 6 tables rondes.

22 intervenants, professionnels et chercheurs, ont participé à ces tables rondes et se sont exprimés sur les thématiques suivantes : Quelles sont les principales formes d’incivilités numériques qui surviennent dans les relations internes ? Dans les relations avec les publics externes ? Pourquoi s’en préoccuper ? comment les identifier ? Comment les prévenir ?

L’objectif de ces tables rondes est d’alimenter un livre blanc sur “la prévention des incivilités numériques” qui sera publié fin 2018. Ce document consistera en une synthèses des échanges et comprendra des exemples d’incivilités numériques, des méthodes d’analyse et d’identification, des bonnes pratiques etc. Il vise à sensibiliser les organisations et à fournir des éléments de cadrage et d’identification pour l’action.

Image issue du compte Twitter du réseau Les Entreprises Pour la Cité

Etats Généraux sur les cyberviolences

Jeudi 14 juin dernier se sont déroulés à l’Assemblée Nationale les Etats Généraux sur les cyberviolences. Les interventions avaient pour but de répondre à la question suivante : comment faire concrètement reculer la haine sur Internet ? Cette thématique s’inscrit parfaitement dans les axes de recherche du programme Civilinum.

Les deux tables rondes organisées dans le cadre de ces Etats Généraux étaient composées d’avocats, mais également d’acteurs issus du milieu associatif, institutionnel et professionnel.

Les retours d’expérience de la première table ronde visaient à identifier et à mieux comprendre les différentes formes de violences qui sévissent sur le web. Pour commencer, il a été rappelé que les projets des fondateurs d’Internet, tels que la création d’un espace égalitaire, démocratique et dénué de discrimination, ont été “pervertis”. Internet est devenu un lieu où la haine se propage sans réelle entrave. Chiffres à l’appui, l’ampleur du racisme, de l’antisémitisme, du sexisme, de l’homophobie et du complotisme qui se déploient sur la toile a été pointée. Les trois grandes plateformes les plus touchées seraient Facebook, Twitter et Youtube. S’ils peuvent concerner n’importe quel citoyen, ces phénomènes affectent particulièrement les jeunes. En raison de leur âge, ils manquent de recul critique et d’éducation aux “bons usages” du numérique. Les intervenants s’accordent sur la caractère inadapté du qualificatif “virtuel”, ces violences en ligne engendrant des dommages bien réels chez les victimes qui les subissent.

Les intervenants de la deuxième table ronde se sont attelés à recenser les différentes mesures existantes et à formuler des pistes de réflexion pour de futures méthodes de régulation. des initiatives prometteuses, entreprises autant par les plateformes concernées que par les acteurs associatifs et institutionnels, ont été présentées. Il a cependant été rappelé que les machines, et particulièrement l’intelligence artificielle, ne sauraient, à elles seules, venir à bout de la violence haineuse en raison de l’ambiguïté de certaines de ces manifestations. D’autre part, les associations ne disposent pas des moyens humains et financiers pour prendre en charge l’ensemble des signalements. Le traitement de ce phénomène doit donc être soutenu par un cadre législatif solide et cohérent. Or, la lenteur de l’adaptation du droit aux avancées technologiques et sa difficulté à saisir la dimension internationale de la cyber haine ont été soulignées. La réponse réside également dans la prévention via la sensibilisation, la formation et “l’éducation à la citoyenneté numérique”. Enfin, l’importance des “contre-discours” et des compétences des modérateurs a été mise en évidence.

Pour plus d’informations, nous vous conseillons de consulter le site web de RespectZone, co-organisateur de l’évènement.

 

11ème congrès international sur le harcèlement au travail

Loïc Lerouge, membre du projet Civilinum, organise avec le laboratoire COMPTRASEC (UMR 5114 CNRS-Université de Bordeaux) et Marie-France Hirigoyen le 11ème congrès international sur le harcèlement au travail.

 

Ce congrès se déroulera du 5 au 8 juin 2018 à Bordeaux

 

L’objectif est de mieux connaître le harcèlement au travail dans le cadre d’un monde et d’un contexte de travail en changement. Le but sera d’explorer la complexité de ce phénomène en prenant en compte les transformations du travail (nouvelles formes de travail, nouvelles organisations, nouvel environnement), et les mutations de la société moderne, en somme “mieux connaître le harcèlement au travail dans un monde en mutation.”

De nombreux échanges seront possibles au travers de 200 interventions venant de 46 pays différents.

Toutes les informations disponibles ici.

 

Les incivilités numériques au travail. Une définition par les professionnels de la SQVT

Aurélie Laborde, membre du projet Civilinum, copilote le groupe de travail “prévention des incivilités numériques” dans le cadre des diagnostics croisés organisés par le Réseau SQVT.

Ce groupe de travail, composé de professionnels, vise à définir le périmètre des incivilités numériques, déterminer des éléments de diagnostic et proposer des bonnes pratiques. Les premiers jalons de cette recherche-action sont synthétisés dans un document de cadrage disponible ici.

Extrait : “Refuser la banalisation de la violence numérique constitue un autre enjeu identifié par le groupe. Nous avons en effet montré, à travers les différents témoignages, que le niveau de tolérance à la violence était beaucoup plus important dans les échanges via les médias numériques. Certains médias comme le tchat paraissent même associés à un très haut niveau de tolérance. Cette banalisation de la violence semble liée à une autre tendance observée, celle de la déshumanisation de la relation numérique. Celle‐ci est à la fois portée par une conception managériale et exacerbée par les échanges numériques. La relation « à distance », « désincarnée », tendrait ainsi à gommer l’humanité de l’échange et les codes qui lui sont associés. Les interlocuteurs oubliant ainsi « l’humain derrière la machine », pensant – quelquefois sincèrement – avoir affaire à des robots.

La perméabilité entre incivilités numériques et incivilités IRL (in real life) nous a aussi semblé un point important à mettre en avant. L’effet spirale entre les différentes formes de communication et le possible engrenage des incivilités doit ici être pris en compte, empêchant de dissocier strictement les différentes formes de communication (internes, externes, et présentielles ou numériques).”

Avis de publication : courrier électronique et risques professionnels

Les risques liés aux usages internes du courrier électronique : quels enjeux pour la qualité de vie au travail ?

Article publié par Aurélie Laborde dans la revue de l’Anact

Disponible ici.

Extrait : ” Les cadres sont plus nombreux à déclarer être agacés voire excédés par certaines pratiques. Il semble que plus on monte dans la hiérarchie, plus l’agacement s’intensifie, notamment concernant la mise en copie abusive, l’absence de formules de politesse, les fautes d’orthographe, l’excès de pièces jointes et l’agressivité. Le questionnaire et les groupes de discussions ont permis d’identifier un ensemble de problématiques concrètes qui appellent un cadrage organisationnel. Les problèmes rencontrés peuvent être hiérarchisés différemment selon les individus mais un consensus apparaît sur les principaux dysfonctionnements et sur la nécessité de donner un cadre. Ils se divisent en deux grandes catégories : la forme des messages, d’une part (contenus ou formes inappropriés), et les mésusages (usages inappropriés), d’autre part.”

 

 

Avis de publication : livre sur les risques psychosociaux

Psychosocial Risks in Labour and Social Security Law

Auteur : Loïc Lerouge

Résumé : This book studies a range of legal systems and compares them on their ability to deal with psychosocial risksat work. The book looks at prevention of psychosocial risks from a labor law perspective and at compensation and reparation from a social security law perspective. It pays special attention to the topic of bullying in the work place, which is currently the subject of most legal summons.

This book presents the views on the subject from leading national and international experts and provides an in-depth coverage of legal systems used in Southern and Northern European countries, as well as Canada and Japan to deal with this topic.

The topic of psychosocial risks at work has received much attention recently, both from the general public, the press, and those working in the legal arena. It is difficult for lawyers to deal with the issue of psychosocial risks at work due to the multifactorial and subjective features involved.

Avis de publication : article sur les incivilités par messagerie électronique

Les incivilités numériques par messagerie électronique

Article rédigé par Delphine Dupré.

Disponible ici

Extrait : “Les travaux disponibles sur la messagerie font état d’une disparition des formules traditionnelles de politesse. Ces recherches font référence plus ou moins implicitement aux travaux de Goffman. Dans son ouvrage paru en 1974, le sociologue insiste sur l’importance des marques rituelles de courtoisie pour préserver la face des interactants lors d’une conversation. L’aspect très « dépouillé » de la majorité des mails révèle le primat de la rapidité de la communication sur la qualité de l’attention portée à sa forme (Bailly et al., 2002). Gramaccia (2013) explique ce constat par le fait que les usagers se sentent moins contraints par les codes de réciprocité et de courtoisie qui structurent traditionnellement les relations hors ligne.”

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