Le “côté obscur” de la communication des organisations

Le groupe d’études et de recherches Org & Co de la Société Française des Sciences de l’Information et de la Communication (SFSIC) organise, en partenariat avec le laboratoire MICA, un colloque international qui se tiendra à Bordeaux les 28 et 29 mars prochains.

Le programme est disponible ici.

Depuis une vingtaine d’années, les recherches en sciences humaines et sociales, analysent la complexité des processus et comportements humains au travail, en tentant de s’éloigner d’une vision normative et positive de la vie au sein des organisations. Certains travaux, souvent d’orientation critique, ont notamment entrepris d’analyser des pratiques organisationnelles et managériales peu étudiées parce que problématiques, négatives ou contreproductives du point de vue des dirigeants, ou encore des pratiques négligées ou moralement condamnables.

La métaphore du « dark side » ou du « côté obscur » des organisations, se diffuse dans des travaux de chercheurs anglo-saxons (par exemple Linstead et al., 2014 ; Glomb, Liao, 2003 ; Griffin et al., 2004). Ils interrogent le volet éthique des pratiques mais également la capacité des organisations à mener des démarches réflexives pour faire face à certains aspects de la vie au travail : violence, maltraitance, mensonge, mépris, incivilités, discriminations, etc.

Dans ce contexte, les dimensions proprement communicationnelles de ces phénomènes, voire certains processus communicationnels eux-mêmes, participent du développement de ce « côté obscur ». Là encore des approches critiques proposent des analyses, par exemple sur les tensions contemporaines entre assujettissement et reconnaissance dans le monde du travail (Heller, 2009, 2014 ; Heller, Huët et Vidaillet, 2013) ou encore sur les inégalités numériques (Granjon 2009, 2011). Mais les travaux du champ de la communication des organisations / organisationnelle s’avèrent relativement épars et laissent différentes zones d’ombre et angles morts sur ce thème particulier. Le colloque international Org&Co, accueilli par le MICA (EA 4426), propose donc d’observer, de décrire et de questionner ce que nous envisageons comme le « côté obscur » des organisations et/ou des communications qui les constituent. Il ouvre également un espace de réflexions pour interroger les épistémologies, approches et méthodes à adopter, les problématiques d’accès au terrain ou encore les enjeux éthiques autour des recherches sur ce thème.

Etats Généraux sur les cyberviolences

Jeudi 14 juin dernier se sont déroulés à l’Assemblée Nationale les Etats Généraux sur les cyberviolences. Les interventions avaient pour but de répondre à la question suivante : comment faire concrètement reculer la haine sur Internet ? Cette thématique s’inscrit parfaitement dans les axes de recherche du programme Civilinum.

Les deux tables rondes organisées dans le cadre de ces Etats Généraux étaient composées d’avocats, mais également d’acteurs issus du milieu associatif, institutionnel et professionnel.

Les retours d’expérience de la première table ronde visaient à identifier et à mieux comprendre les différentes formes de violences qui sévissent sur le web. Pour commencer, il a été rappelé que les projets des fondateurs d’Internet, tels que la création d’un espace égalitaire, démocratique et dénué de discrimination, ont été “pervertis”. Internet est devenu un lieu où la haine se propage sans réelle entrave. Chiffres à l’appui, l’ampleur du racisme, de l’antisémitisme, du sexisme, de l’homophobie et du complotisme qui se déploient sur la toile a été pointée. Les trois grandes plateformes les plus touchées seraient Facebook, Twitter et Youtube. S’ils peuvent concerner n’importe quel citoyen, ces phénomènes affectent particulièrement les jeunes. En raison de leur âge, ils manquent de recul critique et d’éducation aux “bons usages” du numérique. Les intervenants s’accordent sur la caractère inadapté du qualificatif “virtuel”, ces violences en ligne engendrant des dommages bien réels chez les victimes qui les subissent.

Les intervenants de la deuxième table ronde se sont attelés à recenser les différentes mesures existantes et à formuler des pistes de réflexion pour de futures méthodes de régulation. des initiatives prometteuses, entreprises autant par les plateformes concernées que par les acteurs associatifs et institutionnels, ont été présentées. Il a cependant été rappelé que les machines, et particulièrement l’intelligence artificielle, ne sauraient, à elles seules, venir à bout de la violence haineuse en raison de l’ambiguïté de certaines de ces manifestations. D’autre part, les associations ne disposent pas des moyens humains et financiers pour prendre en charge l’ensemble des signalements. Le traitement de ce phénomène doit donc être soutenu par un cadre législatif solide et cohérent. Or, la lenteur de l’adaptation du droit aux avancées technologiques et sa difficulté à saisir la dimension internationale de la cyber haine ont été soulignées. La réponse réside également dans la prévention via la sensibilisation, la formation et “l’éducation à la citoyenneté numérique”. Enfin, l’importance des “contre-discours” et des compétences des modérateurs a été mise en évidence.

Pour plus d’informations, nous vous conseillons de consulter le site web de RespectZone, co-organisateur de l’évènement.

 

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