Appel à articles “les organisations malades du numérique”

Appel à articles – revue communication & Organisation – numéro 56 – décembre 2019

Coordination : Luc Bonneville (GRICO, Université d’Ottawa); Valérie Carayol (MICA, Université Bordeaux Montaigne); Aurélie Laborde (MICA, Université Bordeaux Montaigne).

L’évolution des pratiques de communication suscitées par l’extension des réseaux numériques a fait émerger plusieurs phénomènes dans les organisations : des transformations de l’organisation du travail (surtout étudiées dans la période 1985-2000 : Eyraud et alii 1988 ; Alsène 1990 ; Benghozi et alii 1999), des transformations du management et des modes de coordination de l’action collective (étudiées surtout dans la décennie 2000-2010 : Bobillier-Chaumon 2003 ; Bonneville 2005 ; Gramaccia et alii 2004 ; Metzger 2010 ; Proulx 2005) et enfin des transformations des pratiques professionnelles, des métiers et des professions qui retiennent toute l’attention des chercheurs depuis presque une dizaine d’années (Bourret 2010 ; Comtet 2011 ; Laborde 2012 ; Venin 2013 ; Lepine et alii 2014 ; Carayol et alii 2016).

Sur tous ces points, les recherches sont restées souvent ambivalentes et nuancées dans leurs résultats. Qu’il s’agisse d’objets techniques, d’interfaces, d’applications numériques, ou de dispositifs techniques, les effets de leur usage semblent presque toujours dépendre des conditions de leur intégration dans les espaces organisationnels. Les objectifs visés, les modes de management et politiques d’accompagnement, les structures et cadres d’usage, tout comme les caractéristiques des utilisateurs ou usagers, semblent influencer dans une large mesure les effets de leur introduction dans les espaces de travail.

Les résultats des recherches, même s’ils ont été nuancés, ont mis régulièrement en avant, depuis une vingtaine d’années, le profit tiré, à la fois par les organisations et par leurs salariés, de l’usage des technologies de communication numérique.

Il existe néanmoins un ensemble de travaux, plus critiques, sur les effets délétères, problématiques, les comportements indésirables ou déviants liés à l’introduction des technologies de communication numériques, observés dans les milieux de travail, qui peuvent soulever des problèmes politiques, éthiques ou même idéologiques. Si un certain nombre de travaux en sociologie clinique (De Gaulejac 2006), en psychologie du travail (Dejours 2000) ou en sociologie (Aubert 2010 ; Jaureguiberry 2006) ont déjà pointé certains de ces problèmes, le champ des travaux relevant de ce qui est parfois conceptualisé comme le « côté obscur » des pratiques organisationnelles (et communicationnelles) reste encore peu visible dans le domaine des sciences de l’information et de la communication. Des chercheurs interrogent toutefois depuis plusieurs années, d’un point de vue critique, les risques potentiels liés aux pratiques de communication numériques dans un contexte de travail. En témoignent notamment les travaux du MICA et le futur colloque sur le « Côté Obscur de la communication organisationnelle » de mars 2019, organisé à Bordeaux.

Si toutes les organisations sont par nature soumises au changement (Carayol 2004) et si tout dispositif technologique est « pharmacologique » et contient en germe le meilleur comme le pire (Stiegler 1994), il n’en reste pas moins qu’une observation fine des organisations contemporaines montre les nombreuses dérives et pathologies liées à l’usage des outils numériques au travail : l’intensification et la densification du travail (Askenazy, 2006 ), la surcharge cognitive (Eppler 2004 ; Bonneville et Grosjean 2016), le renforcement du contrôle de l’activité, la fragmentation du travail (Bidet 2017 ; Licoppe 2012). Plusieurs recherches montrent ainsi les liens existants entre usages des dispositifs numériques au travail et risques psychosociaux, notamment pour la population des cadres (Carayol et al 2016 ; Venin 2015 ; Felio et Lerouge 2015).

C’est à l’exposé de travaux relevant de cette perspective que cette livraison de la revue Communication & Organisation voudrait participer. Sont invités à contribuer à ce numéro les chercheurs dont les travaux étudient les effets indésirables ou problématiques, et encore souvent tus, liés au développement des technologies numériques de communication dans les environnements de travail, de quelque nature qu’ils soient. On pourra notamment s’intéresser, sans que cette liste soit limitative :

  • –  aux pratiques ayant une incidence sur les droits ou libertés des individus au travail, à l’usage des technologies de vidéo surveillance, des puces RFID, aux technologies de communication développant le contrôle des activités et limitant les possibilités d’épanouissement dans le travail ;
  • –  aux effets de la retaylorisation des activités par le numérique, sur les pratiques et le sens que les individus donnent à leur travail ;
  • –  aux effets potentiellement nocifs de l’abondance d’information (information overload), aux études sur les usages intensifs des technologies de communication, susceptibles d’engendrer des abus, des addictions, des phénomène d’hyperconnexion ;
  • –  aux difficultés relationnelles liées à la part croissante des échanges numérisés au travail que ce soit entre collaborateurs ou avec les publics externes (incivilités, violence, harcèlement, incompréhension, déshumanisation des relations..)
  • –  aux phénomènes de dérives dans les usages et à l’utilisation à mauvais escient des technologies, favorisant les risques ou l’insécurité : vol de donnés, sabotage, etc. ;
  • –  au technostress et à l’anxiété d’être dépassé par le changement permanent, ressentie notamment par les populations les plus agées, face aux innovations incessantes ;
  • –  aux effets délétères de l’automatisation et du numérique, perte d’autonomie et des savoir-faire, ce que N. Carr nomme « la grande déqualification » (Carr 2017)
  • –  à toutes les pratiques, y compris celles mobilisant l’intelligence artificielle ou le machine learning,ayant des conséquences sur l’éthique des pratiques de travail et le respect dû aux personnes et parties prenantes des pratiques organisationnelles.

CALENDRIER

  • –  Envoi des propositions de 6000 caractères espace compris, selon les consignes de rédaction, bibliographie non comprise: 29 mars 2019
  • –  Retour aux auteurs de la sélection des propositions : 15 avril 2019
  • –  Remise de l’article intégral pour relecture en double aveugle par le comité de lecture: 30 juin 2019
  • –  Retour aux auteurs de l’évaluation par le comité de lecture : 20 septembre 2019
  • –  Retour des articles définitifs : 15 octobre 2019
  • –  Publication du numéro : décembre / janvier 2019

CONSIGNES DE REDACTION DES PROPOSITIONS

  • –  6 000 caractères, espaces compris.
  • –  Bibliographie non comptabilisée dans le nombre de caractères.
  • –  Sur une page de garde : titre de la proposition, prénom et nom de l’auteur, université,laboratoire, adresse électronique, cinq mots clés. Les propositions seront envoyées conjointement aux trois coordinateurs du numéro
    • –  Valérie.Carayol@u-bordeaux-montaigne.fr
    • –  Aurélie.Laborde@u-bordeaux-montaigne.fr
    • –  luc.bonneville@uottawa.ca

CONSIGNES DE REDACTION DES ARTICLES DEFINITIFS

35 000 caractères maximum, espaces compris, pour les articles définitifs.
Les normes de mise en page des articles définitifs sont accessibles en ligne sur le site de la Revue : https://journals.openedition.org/communicationorganisation/5909

La mise en forme finale selon les normes fournies conditionnera l’acceptation définitive de l’article.


Tables rondes sur la prévention des incivilités numériques

Les 5 et 6 juillets derniers, une partie des membres de l’équipe Civilinum se sont retrouvés dans les locaux bordelais du réseau Les Entreprises Pour la Cité pour l’animation de 6 tables rondes.

22 intervenants, professionnels et chercheurs, ont participé à ces tables rondes et se sont exprimés sur les thématiques suivantes : Quelles sont les principales formes d’incivilités numériques qui surviennent dans les relations internes ? Dans les relations avec les publics externes ? Pourquoi s’en préoccuper ? comment les identifier ? Comment les prévenir ?

L’objectif de ces tables rondes est d’alimenter un livre blanc sur “la prévention des incivilités numériques” qui sera publié fin 2018. Ce document consistera en une synthèses des échanges et comprendra des exemples d’incivilités numériques, des méthodes d’analyse et d’identification, des bonnes pratiques etc. Il vise à sensibiliser les organisations et à fournir des éléments de cadrage et d’identification pour l’action.

Image issue du compte Twitter du réseau Les Entreprises Pour la Cité

Avis de publication : courrier électronique et risques professionnels

Les risques liés aux usages internes du courrier électronique : quels enjeux pour la qualité de vie au travail ?

Article publié par Aurélie Laborde dans la revue de l’Anact

Disponible ici.

Extrait : ” Les cadres sont plus nombreux à déclarer être agacés voire excédés par certaines pratiques. Il semble que plus on monte dans la hiérarchie, plus l’agacement s’intensifie, notamment concernant la mise en copie abusive, l’absence de formules de politesse, les fautes d’orthographe, l’excès de pièces jointes et l’agressivité. Le questionnaire et les groupes de discussions ont permis d’identifier un ensemble de problématiques concrètes qui appellent un cadrage organisationnel. Les problèmes rencontrés peuvent être hiérarchisés différemment selon les individus mais un consensus apparaît sur les principaux dysfonctionnements et sur la nécessité de donner un cadre. Ils se divisent en deux grandes catégories : la forme des messages, d’une part (contenus ou formes inappropriés), et les mésusages (usages inappropriés), d’autre part.”

 

 

Avis de publication : livre sur les risques psychosociaux

Psychosocial Risks in Labour and Social Security Law

Auteur : Loïc Lerouge

Résumé : This book studies a range of legal systems and compares them on their ability to deal with psychosocial risksat work. The book looks at prevention of psychosocial risks from a labor law perspective and at compensation and reparation from a social security law perspective. It pays special attention to the topic of bullying in the work place, which is currently the subject of most legal summons.

This book presents the views on the subject from leading national and international experts and provides an in-depth coverage of legal systems used in Southern and Northern European countries, as well as Canada and Japan to deal with this topic.

The topic of psychosocial risks at work has received much attention recently, both from the general public, the press, and those working in the legal arena. It is difficult for lawyers to deal with the issue of psychosocial risks at work due to the multifactorial and subjective features involved.

Avis de publication : article sur les incivilités par messagerie électronique

Les incivilités numériques par messagerie électronique

Article rédigé par Delphine Dupré.

Disponible ici

Extrait : “Les travaux disponibles sur la messagerie font état d’une disparition des formules traditionnelles de politesse. Ces recherches font référence plus ou moins implicitement aux travaux de Goffman. Dans son ouvrage paru en 1974, le sociologue insiste sur l’importance des marques rituelles de courtoisie pour préserver la face des interactants lors d’une conversation. L’aspect très « dépouillé » de la majorité des mails révèle le primat de la rapidité de la communication sur la qualité de l’attention portée à sa forme (Bailly et al., 2002). Gramaccia (2013) explique ce constat par le fait que les usagers se sentent moins contraints par les codes de réciprocité et de courtoisie qui structurent traditionnellement les relations hors ligne.”

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